1. Propos

Contre tout ce qui l’accable et tente de l’embaumer, la peinture se maintient, encore vivante pour des vivants ! Geste ancien et primordial, antérieure à l’écriture même, elle répond à un besoin humain fondamental — laisser une trace interrogeant notre présence au monde.

Je défends une peinture enjouée et colorée qui n’a pas renoncé à chercher un sens et des sensations, à servir des sujets précis ou exprimer avec clarté le fond énigmatique des choses. Un dessin simplifié aux lignes nettes, des formes figuratives épurées (en ce sens aussi abstraites), des aplats de couleurs (souvent vives) essayent d’atteindre l’essentiel : de condenser une exploration poétique.

Je crois plus que jamais à la fonction critique de l’art, à la nécessité de réactiver cette fonction par le comique, l’ironie ou le grotesque. Et la peinture a une façon bien à elle de dénoncer, ou tout simplement de montrer, qui résiste aux gloses interprétatives ou aux justifications sociologiques dont l’époque raffole.

S’il est vital d’affronter les questions de son temps, il est tout aussi nécessaire de s’en démarquer, ne serait-ce que pour mieux cerner le temps en question. Au présent anémié, le passé offre un contrepoint salutaire, des sources rafraîchissantes. (Bien des avant-gardistes du XXe siècle se sont renouvelés formellement au contact de forces primitives.) L’équilibriste balance entre actualité brûlante et inactualité polaire.

De toute part, on entend dire que le monde se défait, pèse jusqu’à l’étouffement — plutôt que de s’en plaindre, voyons comment la peinture s’accommode des lambeaux et recrée un indispensable espace de respiration.

Frédéric Faure / fauremalec@gmail.com

Expositions : Carré signé au dos (expos collectives, Espace Aliès Guinard, octobre 2019 et décembre 2018), Who’s Will (La Belle Hortense, septembre 2018), Corps (expo collective, L’Expo, mars 2017), Peine en miieu ouvert (La Belle Hortense, juin 2016), Garrincha (Espace Jour et Nuit Culture, avril 2016), Paysage Magnani (La Belle Hortense, janvier 2015), La cigarette du grand sage Nisargadatta Maharaj (20e Art, juin 2014)

Publications : Carnet de brouillard dissipé (Europe, avril 2013), Esquisses de Londres (N4728, janvier 2011), Vert Secret (remue.net, janvier 2010), Calaisiennes (Po&sie, 1993)